Instants volés I
Aujourd'hui j'ai pris possession d'un lieu qui n'est pas le mien.
D'une terrasse en hauteur surplombant un bassin. Sous la fine couche de plumetis verts de la pièce d'eau s'abritent trois affreuses tortues. Trois monstrueuses carapaces molles qui nagent lourdement sur un tapis de lentilles vertes. Au milieu de cette eau stagnante un buisson de papyrus ébouriffé.
J'ai pris possession de ces lieux.
Magique.
La propriétaire s'active en silence, interrompue parfois par le babillage de l'enfant blond. Elle gratte, lave, s'affaire, prépare le nid.
Cet endroit est surprenant, emprunt d'une histoire de vie. Une vie pourtant bousculée, maladies, morts, fatigue, usure, mais rien ne transparaît, j'y suis bien.
Dans une pièce a l'étage, quelques cartons, des livres en vrac, sur le marbre de la cheminée, certains sont alignés et ont visiblement ete choisis. Les élus, laissés par la vieille Dame, son invitation au voyage, son cadeau de départ.
Ma gourmandise est en éveil... j'ai pioché, deux tout petits, des Poche, sans faire attention, du même auteur, des nouvelles. Je ne suis pas très nouvelles et j'aime la diversité. Je souris et file doucement.
Silencieusement et religieusement, je passe devant la Vierge qui veille sur sa partie de jardin, mon butin de l'après-midi au fond du sac. Je reprime un signe de croix, je souris encore et file encore plus vite. Je grimpe par l'échelle vermoulue et poussiéreuse qui me mène au paradis.
Trois chaises longues au tissu délavé et taché sont posées sur le sol. Chenilles et mousses séchées se partagent le plancher bétonné, de longues branches de plantes inconnues passent leurs bras décharnés a travers la rambarde rouillée.
Le temps s'est arrêté.
Je me suis installée dans ces lieux inconnus et pourtant familiers. Face au soleil, robe dégrafée et largement remontée, j'écoute.
J'écoute les bruits de la ville, des rues avoisinantes de ce quartier que je connais si bien. Pourtant j'étais loin d'imaginer trouver un tel endroit, écrin de verdure, invitation a la paresse et au bien-être, sur cette terrasse a l'abandon.
Juste passer la porte verte au bois écaillé effleurer la main du heurtoir, ouvrir, pousser, se laisser guider au milieu des herbes folles sur le chemin de gravier.
Étrangère a ses lieux, voleuse de temps suspendu, je goûte, profite et remercie tout bas.
D'une terrasse en hauteur surplombant un bassin. Sous la fine couche de plumetis verts de la pièce d'eau s'abritent trois affreuses tortues. Trois monstrueuses carapaces molles qui nagent lourdement sur un tapis de lentilles vertes. Au milieu de cette eau stagnante un buisson de papyrus ébouriffé.
J'ai pris possession de ces lieux.
Magique.
La propriétaire s'active en silence, interrompue parfois par le babillage de l'enfant blond. Elle gratte, lave, s'affaire, prépare le nid.
Cet endroit est surprenant, emprunt d'une histoire de vie. Une vie pourtant bousculée, maladies, morts, fatigue, usure, mais rien ne transparaît, j'y suis bien.
Dans une pièce a l'étage, quelques cartons, des livres en vrac, sur le marbre de la cheminée, certains sont alignés et ont visiblement ete choisis. Les élus, laissés par la vieille Dame, son invitation au voyage, son cadeau de départ.
Ma gourmandise est en éveil... j'ai pioché, deux tout petits, des Poche, sans faire attention, du même auteur, des nouvelles. Je ne suis pas très nouvelles et j'aime la diversité. Je souris et file doucement.
Silencieusement et religieusement, je passe devant la Vierge qui veille sur sa partie de jardin, mon butin de l'après-midi au fond du sac. Je reprime un signe de croix, je souris encore et file encore plus vite. Je grimpe par l'échelle vermoulue et poussiéreuse qui me mène au paradis.Trois chaises longues au tissu délavé et taché sont posées sur le sol. Chenilles et mousses séchées se partagent le plancher bétonné, de longues branches de plantes inconnues passent leurs bras décharnés a travers la rambarde rouillée.
Le temps s'est arrêté.
Je me suis installée dans ces lieux inconnus et pourtant familiers. Face au soleil, robe dégrafée et largement remontée, j'écoute.
J'écoute les bruits de la ville, des rues avoisinantes de ce quartier que je connais si bien. Pourtant j'étais loin d'imaginer trouver un tel endroit, écrin de verdure, invitation a la paresse et au bien-être, sur cette terrasse a l'abandon.
Juste passer la porte verte au bois écaillé effleurer la main du heurtoir, ouvrir, pousser, se laisser guider au milieu des herbes folles sur le chemin de gravier.
Étrangère a ses lieux, voleuse de temps suspendu, je goûte, profite et remercie tout bas.
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