La valse du verre a pied
Je rentre, il est tard, un peu vasouille.
Soiree de depart d'une amie de 10 mois.
Elle part dans un autre etat, bien plus au nord, heureuse de retrouver neige et montagne.
Amitie d'exat'.
Menue, blonde, sportive et musclee, toujours en mouvement, ex-championne olympique de ski ( ah oui quand meme ) drole, attachante, brillante, a l'accent charmant. Simplement differente.
Elle semble mener de front toutes ses journees. A la fois, mere de famille nombreuse a temps plein, coach sportif, impliquee a 100% dans l'ecole, aide soignante de sa mere alhzeimee, taxi de ses enfants et le tout au pas de course.
Quelques soupirs dissimules et des cernes plus marquees certains jours de la semaine denotent d'une legere fatigue, d'une lassitude passagere. Pas de comparaison possible, ni regrets, ni envies, j'observe juste. Bien trop fatiguante !
Depart que je regretterais sans doute, meme si j'avais du mal a la suivre a ce train d'enfer.
A vrai dire, nous etions si decalees, que meme quand nous parlions, je me retrouvais souvent trottinant derriere elle. Essoufflee, mal differemment chaussee, perchee sur des talons, elle en baskets, petits pas contre grandes enjambees. Chacune se moquant de l'autre. Pas de prises de tete et fous rires des deux cotes. Trop peu de soirees passees ensemble.
Je suis contente, je suis gorgee de vin. Un merlot quelconque s'est rapidement impose a table.
C'est alors la valse du verre a pied.
Francaise, americaines, indienne, iranienne, espagnoles, canadiennes. Autant de nationalites que de cultures. Interessant. Terriblement americanisees pour la plupart. Toutes charmantes, maquillees, rondes, minces, brunes ou blondes toutes souriantes. L'heure est a la detente.
Je me trompe et je les reduis peut-etre un peu vite. Pourtant, je me demande ce qu'elles pensent vraiment sous ces sourires qui me semblent factices. Tout va bien dans leur jardin ! Or what ?!
Femmes actives ou meres accomplies d'eleves, je les croise parfois dans la cour de l'ecole. Echanges abreges car toutes paraissent pressees de regagner leur ruche et de vite s'occuper de leur couvee. Suis-je la seule a trainailler, le nez au vent, a la recherche de l'impossible ?
Un petit groupe de potaches dissidents s'est tres vite forme. Deux tables distinctes, dos a dos. Mise en boite, jeux de mots, poussant a la caricature les quiproquos lies a nos differences. J'exagere, je gonfle.
J'ai bien aime. Une parlote plus serieuse de plus d'une heure se poursuit sur le parking ...
L'anglais etait bien fluide, bourre de fautes mais comprehensible. Shame on me. J'exagere, je devrais me mettre serieusement et plus regulierement a parler.
I-pod en fond sonore s'installe pour le retour. Je me laisse aller, guidee par ce bien-etre.
Sensation de toute puissance sur la route. La nuit m'appartient. Rien ne peut m'arreter, la route defile au rythme de ma musique.
J'envisage, je reve et j'invente le sourire aux levres.
Envie de passer une nuit etendue, sur des draps blancs de gros coton. En etoile de mer, cheveux en meduse.
C'est important les draps empeses pour la memoire tactile.
Vous vous souvenez de ceux de nos grand-meres ? De quand vous etiez petits ...
Lin, coton, metis bien amidonne. Cette matiere particuliere qui gratte soyeusement.
Allonges cote a cote, les yeux ouverts, les volets mi-clos, legere brise, bruits de ville endormie au loin. Paroles, conversations a batons rompus.
Moments de calme, reprise des souffles, ballets de voix et de propos.
Comme si nous nous connaissions depuis longtemps.
Sourires masques, mains echappees, sanglots croises dans la penombre.
Exquises illusions, compagnons de route de ce vendredi soir.
SAMEDI au champomy et tarte-a-la-creme ... tardivement.
DIMANCHE a l'horizontale chauffee par le soleil, dessechee par le sel, agacee et chatouillee par H et ses complices.
