Tubble Gum
" Allo, bonjour ici John Doe, nous étions ensemble du Cp au CM2 ... blablablablablabla, je te rappelle "
" Allo, salut c'est encore moi, John Doe, bon, t'es pas la ... blablablablabla ... "
Deux messages, pas de coordonnées laissées, un nom et un prénom inaudibles.
Ça te laisse une blabla interloquée plutôt mi-figue-mi-raisin, et un mari en position foutage de moi.
J'y pense et puis j'oublie ...
Je reçois, deux semaines plus tard, une carte de voeux de mon John Doe - que j'avais complètement zappe - et qui retrouve comme par magie une identité: GR.
Un numéro de téléphone et un émail. Je suis sauvée. Le téléphone après 30 ans d'absence et de souvenirs carrément flous, ouais mais non, pas pour moi.
Evidemment impossible de mettre un visage sur ce prénom familier. Après quelques mails échangés, photos de classes envoyées et le fatal "mais bien sur, je ne connais que toi, comment ai-je pu ", il m'annonce qu'il a une conférence a A. Texas mi-janvier.
Woua-la, taquet frontal, retour dans la vraie vie actuelle, je ne suis plus en 1977 mais en 2008. J'ai bientôt 37 ans, mais toujours une âme d'enfant. Le rendez-vous est pris, il vient dîner et pas jouer aux billes. H hilare. Moi curieuse.
Ouais parce que tu vois GR, c'était mon copain de billes, celui avec lequel je creusais des pots sous les marronniers devant l'école. celui a qui - en autre - je refilais les soldats de plombs de collection de mes frères en échange des réponses aux interrogations de maths.
Oui j'ai commence tôt dans les tricheries de la vie. Touriste de la vie en culottes courtes. J'ai tellement aime ces années de primaire, que jusqu'au premier trimestre de ma sixième, je suis retournée a l'étude du soir et sans vouloir dénoncer quiconque, je n'étais pas la seule.
Me voila donc en l'espace de quelques instants riche d'une vingtaine d'amis de trente ans. Et j 'ai en ma possession TOUTES les coordonnées de ceux dont il a retrouve la piste. Vingt sur vingt quatre. Même celles de nos instituteurs.
Je savoure juste et j'apprécie de les savoir a portée de main, mais n'éprouve aucun besoin d'appeler. Pourquoi faire ?
J'ai souvent parle de Monsieur S. mon instituteur permanente-aux-ongles-ronges qui roulait dans une Citroen bleu roi, et je m'aperçois que finalement je ne les ai jamais oublie. Mémoire interne. Punkt.
Je fouille, je recherche quand même dans son tableau Excel ma meilleure amie de l'époque M, avec laquelle je faisais des bêtises derrière la synagogue dans laquelle son père officiait. Je sais qu'elle a déménagé juste après en région lyonnaise. Et chaque été lorsque nous traversions Lyon, j'imaginais naïvement la croiser sur l'un des quais. J'ai très souvent pense a elle et l'ai souvent évoquée, mais sans jamais prendre la peine de la rechercher sérieusement. A quoi bon ?
Une petite recherche internet plus tard du cote Queen Mother - invalide, pétrie d'ennui qui se mêle toujours de ses affaires, moral au plus bas by the way - un téléphone texan qui sonne et me voici sans voix, avec ma vieille amie. Ça pue le Bruel.
Moi-je-te-dis-quand-même-duraille, enfin, chouette mais un peu weird tout ça.
Comme d'hab' souvenirs et nostalgie déboulent. Ça fait déjà une semaine que je me penche sur mes vielles photos de trente ans, que je souris bêtement mais que la, ca va trop vite. Je sais pas.
Argll, j'aime bien, j'avoue, mais quelques réflexions plus tard, je ne suis pas sure. Ça va donner quoi ? Rien certainement.
Heureusement que ce ne sont pas les années de collège ou de lycée qui ont débarqué, parce que la, j'aurais pas suivi le mouvement. Trop d'implications émotionnelles et moins d'innocence dans ces années la.
La, ça va, c'est biquet, ça sent encore le Tubble Gum.
Je n'ai encore vu personne. Ma mémoire est intacte. Idéalisée ? Édulcorée ?
Justement, une fois le processus de retrouvailles mis en branle, est-ce que tout ça ne va perdre tout son charme ?