Chambre avec vue
Dessin de Vincent DESPLANCHE Collection "Carnets du Littoral"
C'était un jour de mistral, pendant un de ces rares moments passés ensemble.
Nous sommes partis un peu plus loin.
Et c'est ce un peu plus loin, sur cette route de crête qui longe la mer, qu'au détour d'un chemin nous avons repéré et su que ça serait la et nulle par ailleurs.
Mal foutu, restanques naturelles, fourbi de maquis vert mêlé de caillasse mais avec cette vue incroyable sur la mer.
Une jolie langue de terre au dessus de l'eau.
J'imagine déjà le discret chemin menant a l'escalier taillé dans la roche qui nous conduira aux dalles de rochers blancs, lisses et enfin a la mer turquoise.
Oui ça me plaît.
Pas eu besoin d'en discuter, le choix fut rapide et commun.
Cette parcelle sera notre.
Ce coin de paradis, sauvage a préserver, je m'y vois déjà été comme hiver.
Construction lente mais pensé d'un bonheur a composer.
Ressac de mon jardin d'hiver
C'est vraiment la pampa, du no where du bout d'mon monde.
J'y suis retournée hier, j'y serais encore ce matin.
La mer au rendez-vous des fous sera déchaînée, s'écrasant sans relâche sur les rochers détrempés.
Quelques rares goélands cramponnés sur les crêtes enflammées regarderont de loin cet aller retour des vagues sur elles-mêmes.
Je me demande pourquoi ils restent ainsi ballottés, malmenés dans la noirceur démontée.
Le mistral s'est levé hier après-midi sur ma lande imparfaite.
Sa force s'est amplifiée dans la nuit.
Il joue maintenant de son intensité.
Me décoiffe, emberlificoteur de mèches, je détesterais en rentrant, je peste déjà.
La pluie de la semaine a dessiné des rigoles entre les pierres blanches, les touffes de thym et les rares buissons de santoline.
Je dessinerais hésitante du bout d'une baguette de pin, les fondations d'un royaume imaginé.
J'effacerais du bout de mon pied, je bifferais mes idées.
Je recommencerais.
Mais je resterais insatisfaite, songeuse et amère.
Je m'improviserais paysagiste de ce bout de terre, envisageant une promenade sauvage au milieu des plantes méridionales que le vent violent et les embruns salées ne pourront abîmer.
Fin du songe de ma nuit d'hiver
J'y suis retournée après les vacances.
La lande n'avait pas changée, toujours aussi sauvage et belle.
Insolente même.
J'y suis retournee en sachant que jamais je ne pourrais construire dessus.
Les causes sont aussi diverses que variées.
Protection de la population, inondable parait-il, glissement de terrain peut-être que sais-je...
Protection des sites et des paysages je comprends c'est si beau...
Je ne sais pas si je suis déçue, je ne sais pas si je ne m'y attendais pas.
Douce rêveuse.
Je me garde maîtresse du lieu.
J'y poserais peut-être un jour une roulotte, qui sait.
Je construirais une cabane en bois, éphémère, le temps d'une saison ou deux.
Mais je resterais châtelaine de ce royaume qui n'appartient qu'a moi.
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