Ope-feduloj
Ca y est, les valises sont enfin videes, posees en dessous de la trappe qui mene au grenier. Attendant que du con les enlevent du passage.
Alors combien de temps ? Trois jours ? Huit jours ? Dix jours ? Un mois ?
Les fringues des uns et des autres se sont dispatchees et rangees. J'ai failli tourner de l'oeil en ouvrant les placards, j'ai failli me faire avaler toute crue.
J'ai fait semblant de rien devant la tache.
J'ai pose, entasse et j'ai pris la poudre d'escampette.
Les armoires, les tiroirs, les commodes degueulent.
Ca me donne le vertige. Je deteste le gros bordel.
Les trucs que l'on cache dans les placards, les portes qui s'ouvrent toutes seules comme poussees par une force malefique nommee fatras.
Ca debagoule.
Il fait chaud, je suis moite et surtout je n'ai aucune envie de me mettre a trier, trop grand, trop petit, trop tache, trop vilain ... pour elle, pour elle, pour elle, pour les enfants des copains et les p'tits pauvres.
Nos interieurs sont-ils le reflet de nous-meme ? Noooooooooonnnnnnnnn. Suis-je aussi bordelique que mon chez-moi ?
Depuis le " comme on fait son lit on se couche ", mes lits sont faits tous les matins, meme si ca n'a aucun rapport ! Des fois qu'une personne malintentionnee passe verifier mon travail dans la matinee.
J'aurais aime que tout soit en ordre.
Les tee-shirt avec les tee-shirt, les sans manches avec les sans manches, les jupes, avec les jupes, les panatalons avec les pantalons, les chemises blanches d'un cote, les noires de l'autre ... avoir des housses de couette bien repassees, des taies d'oreiller amidonnees, de jolies piles ...
Mais rien a faire, c'est le bintz, le cafoutche.
J'aurais aime savoir de debarrasser. De laisser tomber les " des fois que " " les on ne sait jamais ". Me separer sans peine.
Je stresse.
Je n'ai pas envie et ni le temps, je vais devoir dormir avec toutes ces portes, tous ces placards, ce boxon familial.
Y'a des miettes sous la table de la cuisine, des taillures de crayon, de la vaisselle egouttee, un rond de cafe, un morceau de feuille de salade toute fletrie, des dessins eparpilles, des taches sur la moquette, des magazines feuilletes ...
Cette maison vit et profite un peu trop de ma nonchalance des jours derniers.
J'aurais aime partir sereine demain matin et rentrer dans une maison immaculee.
La meme mais en rangee, bien degagee sur les cotes. M'allonger dans des draps frais et epais.
Decouvrir un jardin debarrasse de ses mauvais herbes, des buissons coupes, une pelouse tondue, des velos ranges sur un cote, par taille c'est plus joli ou dans le garage, c'est encore mieux.
Mais non, les mauvaises herbes feront amies-amies avec les bonnes, se melant et s'entremelant sans aucun complexe. La haie se continuera son travail de macon. Les velos seront a la meme place, renverses et eparpilles a des endroits bien incongrus. Les serviettes mouillees de la veille traineront a cote des maillots semes par les heretiques locales.
Les miettes s'offriront aux fourmis qui ont fait leur apparition pendant notre absence.
Les lits sont faits. Les valises sont videes, pourtant, tout fout le camp.
Tout autour c'est l'anarchie.
Je vivrais encore demain, je rentrerais tot mais comateuse, shootee les gaz et je ne verrais rien de tout ce bazar.
J'eteindrais enfin la lumiere.